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Aller au pieu, ça c’est brestois !

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Article posté le 30 juin 2014

S’il est bien une ville bretonne dont la production lexicale est d’une richesse quasi-insondable, c’est Brest. Cette effervescence verbale, souvent peu soluble en dehors de la ville, trouve sa source du côté de l’arsenal de Brest.

Là-bas, “on va aux oiseaux” quand on part casser la croûte en plein air et l’on commande un «boulon de 32», une bouteille de vin rouge, lorsque la soif se fait sentir. Mais il est une expression, possiblement originaire de l’arsenal de Brest, qui a depuis belle lurette fuité de l’enceinte militaire : aller au(x) pieu(x).

La légende veut (personne ne l’a jamais crié haut et fort à l’arsenal) que certains ouvriers aient pris jadis l’habitude de piquer un roupillon en tendant une toile entre deux pieux. Le hamac local consistait donc à aller au(x) pieu(x). Une deuxième version suppose que « pieu » est une forme ancienne de peau et qu’on allait donc dormir sur la peau.

Photo : les animaux aussi peuvent aller au pieu, ou dans leur chatmac. Crédit : aurelie_solenne / creatvie commons
Photo : les animaux aussi peuvent aller au pieu, ou dans leur chatmac. Crédit : aurelie_solenne / creative commons.

Une autre expression connue que certains imaginent brestoise, ce qui est très discuté après trois boulons de 32, c’est «temps de curer». Brestoise ou pas, ce qui ne se discute pas en revanche, c’est que cette expression n’a rien à voir avec les ecclésiastiques.
Jadis, on devait régulièrement curer les ports pour les désenvaser, sans disposer des moyens actuels comme les explosifs permettant de dérocter pour creuser. Cette opération de curage ne pouvait être faite que par beau temps car la vase était rejetée dans des barges qui affleuraient à peine à la surface de l’eau. Elles auraient rapidement coulé par mauvais temps. Il fallait donc attendre le beau temps pour curer.
Ces barges dégoulinant de vases étaient poétiquement appelées à Brest des «marie-salopes» par les ouvriers des ports. Aujourd’hui, on imagine ce que donnerait une pareille fantaisie de vocabulaire…

Julien Perez

Pour en savoir plus sur les joyeusetés du parler de l’arsenal de Brest, vous pouvez vous procurer le livre de Gérard Cabon, “Y’a skiff”, aux éditions Dialogues.

Un avis sur “Aller au pieu, ça c’est brestois !”

  1. Motrot Laurent

    Un travail similaire serait à faire aux ex-Chantiers de l’Atlantique à St-Nazaire. Langage très riche là-bas aussi !

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