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Thierry Hascoët, un breton star de la bière en Espagne

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Article posté le 17 décembre 2014

Thierry Hascoët fait partie d’un club dont il est peut-être l’unique membre : celui des Bretons pionniers en Espagne. Le nord-Finistérien a ouvert là-bas le tout premier bar-brasserie. Et par brasserie, on parle bien de celle où l’on fabrique la bière.

Photo : @Fábrica Maravillas
Thierry Hascoët face aux caméras espagnoles. Une habitude désormais pour le patron de la Fábrica Maravillas. Photo : @Fábrica Maravillas

Lorsque vous rencontrez Thierry, grand bonhomme jovial aux faux airs de dandy british, vous n’imaginez pas tout de suite qu’il puisse se consacrer à la bière : trop propre, trop classe, trop en opposition avec l’image festive et populaire que l’on se fait de la chose moussante.

Pourtant, il suffit de le laisser parler, ce qu’il fait sans aucune difficulté sans doute par contagion latine, pour s’apercevoir qu’il n’a que la bière à la bouche. C’est un passionné qui pourrait vous parler pendant des heures de ale, de stout, de lager, de pilsner, et de cette addition universelle, eau + houblon + orge, qui donne l’une des boissons les plus consommées au monde.

Il apprend avec les fondateurs de Coreff

Dans une première vie, il s’est d’abord intéressé à la musique – il a longtemps travaillé dans le secteur – et surtout à sa femme Estefania, rencontrée sur un campus brestois et avec qui il file au pays de Cervantes et de la cerveza en 2004. Là-bas, l’Oscar Wilde breton fait vite sienne la maxime de l’Irlandais : « je résiste à tout, sauf à la tentation ».

Et sa tentation, c’est la bière.

Bon, évidemment, écrit comme cela, l’assertion fait penser à une énième chronique judiciaire, à l’ivre virgule qui finit mal. Nous en sommes loin : cet amour revendiqué, il l’a cultivé dès l’adolescence, et pas forcément au cul des bagnoles à la sortie du lycée. A l’époque, il est ami avec Sébastien, le fils de Jean-François Malgorn, le créateur de Coreff. Cela forge un goût. A leur contact, il a appris. En 2007, il débute.

Il commence à faire de la bière chez lui à Madrid, comme d’autres s’adonneraient au tricot. Sauf que là, les ustensiles prennent un peu plus de place qu’une paire d’aiguilles. Il investit dans le kit du parfait brasseur : marmites et récipients divers s’amoncellent dans la cuisine. La production n’est pas énorme, «j’étais quand même limité par la taille de la cuisine et par ma femme », et simplement rythmée par sa consommation. Il fera 80 litres la première année. C’est la consommation annuelle de bière d’un Espagnol, quand celle des Français tourne autour de 30 litres.

Bref, de l’autosubsistance.

La « Fabrique des Merveilles » émerveille

En 2009, c’est LA révélation qu’il partagera avec un Américain bon teint sur un coin de zinc tiède, après quelques tournées mondiales :

Pour boire de la bonne bière en Espagne, il faut boire de la bière d’importation.

Selon lui, le pays du jamon et du queso manque de bières de caractère. Il décide de lancer une brasserie artisanale. Et lui donne le nom du quartier où il vit, Maravillas (merveilles en espagnol, quartier mieux connu sous le nom de Malasaña). La Fábrica Maravillas, la fabrique des merveilles, est née.

Il nous a fallu deux ans pour monter le projet. Créer une activité artisanale en centre-ville était assez compliqué d’autant que nous étions la première brasserie à obtenir une licence dans Madrid depuis 1898 !

Malgré les obstacles, l’ouverture du bar-brasserie finit par arriver le 26 novembre 2012. Elle lui donne des ale, puis d’autres. Beaucoup d’autres. Au total, Thierry a sorti 32 produits différents, un inventaire à la « prébière » qui va d’une bière rouge comme le vin, très maltée, à une une quadruple belge à base d’infusion de figue fraiche, en passant par une stout noire comme minuit.

Le soir, les Madrilènes se retrouvent au bar de la Fábrica Maravillas. Photo : @Fábrica Maravillas
Le soir, les Madrilènes se retrouvent au bar de la Fábrica Maravillas. Photo : @Fábrica Maravillas

Le bouche à oreille fonctionne mucho rapido et bien vite tout le quartier connaît l’adresse de la Fábrica Maravillas où Thierry travaille avec sa femme. L’endroit devient une institution madrilène, d’autant que c’est le seul endroit où l’on peut déguster les bières de l’Espagnol breton puisqu’elles ne sont pas placées en magasin. Résultat : les 5000 litres de bières mensuels partent comme des petites pintes. La consécration arrive alors des brumes d’Angleterre : en 2014, le journal anglais The Guardian désigne la Fábrica Maravillas comme l’une des 10 meilleures micro-brasseries d’Europe.

Ce sont les lecteurs qui ont établi le classement. Nous avons fini 6ème. Nous sommes les seuls présents pour l’Espagne…

Le succès n’échappe pas à Mahou, grand matou espagnol et brasseur mastodonte qui compte 10 millions de litres annuel au compteur. Il y a un an, il a dépêché des commerciaux pour visiter la brasserie, à l’entrée de laquelle trône un drapeau breton. Quelques mois plus tard, Mahou a sorti sa propre bière Maravillas. La rançon de la gloire en quelque sorte.

Bois local, vie géniale !

Mais cela n’affecte guère Thierry. Ce n’est pas le genre. Lui, tout ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir continuer à bien faire son travail, à Madrid, « une ville ouverte sur la rue, qui vit dehors de 7 à 77 ans », ou peut-être ailleurs… En Bretagne par exemple ?

J’aimerais collaborer avec un brasseur breton. C’est une pratique répandue dans le milieu des brasseries artisanales : un brasseur se déplace et va faire sa bière chez un autre. Et on sort un produit avec les deux marques.

Avec tous les brasseurs que compte la Bretagne, il ne devrait pas avoir de mal à trouver un alcoolyte volontaire.

Quant au retour dans la région… le Finistérien, comme tout Breton expatrié, a déjà une idée précise sur la question :

A terme, je reviendrai ici, et je monterai un bon bar-brasserie sur le port de commerce à Brest. C’est un endroit que j’adore.

Sur la devanture, à coup sûr, on retrouvera son slogan maintenant connu de tous les ibériques amoureux de la bonne bière : « bois local, vie géniale ».

Julien Perez

Fábrica Maravillas
C/ Valverde 29
28004 Madrid (Espagne)
+34 915 218 753
http ://fmaravillas.com

3 avis sur “Thierry Hascoët, un breton star de la bière en Espagne”

  1. bruno

    Je ne serai que trop recommander l’endroit si vous êtes de passage à Madrid, simplement la meilleure bière de la péninsule !

  2. nicole toribé

    Toutes mes félicitations pour cette belle réussite, le pari est gagné et c’est bien mérité. j’aime les gens qui se battent pour réussir!! A bientôt, peut-être, passez de belles fêtes

  3. BENARD

    c’est un quartier génial qu’il faut visiter et bien sur passer par la Fabrica pour déguster de vraies bonnes bières !!! Bravo à Thierry et Este pour ce projet extraordinaire.

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