mabretagne.com > Les Bretons > Diaspora > Simon Tanguy, 60 000 kilomètres vers l’inconnu

Simon Tanguy, 60 000 kilomètres vers l’inconnu

Infos:
Laisser un commentaire
Article posté le 15 janvier 2015

Simon Tanguy a vécu une expérience rare : pendant 16 mois, il a voyagé en fourgon des Balkans jusqu’à Tokyo en passant par les pays baltes et l‘immense plaine russe. Au total, il a traversé 27 pays. Le Brestois de 29 ans a ramené de nombreuses photos de son aventure.

Simon

Partir là où les autres ne vont pas et se retrouver seul. Vraiment tout seul. L’idée est
séduisante sur le papier et beaucoup cultivent un temps la tentation d’une île, déserte, ou d’une cabane au Canada. Peu tentent néanmoins l’aventure. Simon Tanguy, lui, est parti. Pendant 16 mois, il a parcouru 60 000 km et traversé 27 pays, dont la Russie et son immense plaine désertique. Et s’est retrouvé seul, vraiment tout seul.

Aller où personne ne veut aller

Mais reprenons du début : Simon Tanguy est ce que l’on appelle un globe-trotter. Depuis ses 18 ans, il trimballe son sac à dos aux quatre coins du monde en respectant une formule simple : travailler-économiser-voyager. Il a déjà eu six employeurs différents, qu’il a tous envoyés gentiment promener pour pouvoir se balader.

En 2009, alors qu’il voyage en Australie, il s’aperçoit qu’il y a 14 000 français en même temps que lui à arpenter la patrie des kangourous.

Je pensais partir quelque part où j’aurais été seul, parce que j’en ressentais le besoin, et je me suis retrouvé un parmi des milliers. Quand je suis rentré, j’ai décidé de faire un voyage dans des endroits ou personne ne veut aller. Je voulais voir jusqu’où je pouvais aller. Me mettre dans des situations où il n’y a pas d’échappatoire.

Alors il décide que son prochain voyage se fera là où il ne verra personne, là ou il pourra se perdre pour mieux se trouver.  Avec un seul objectif : atteindre le Pacifique. Pendant des mois, il aménage un fourgon le soir, après le boulot. Jusqu’à ce qu’il n’ait plus qu’à mettre le contact et foncer vers l’inconnu à l’été 2013. Sans GPS, cela va sans dire. Une boussole et des cartes feront l’affaire.

12 jours à attendre une pièce de rechange

Très vite, Simon va éprouver la vie d’ermite. Et le bonheur de ceux qui ont tout leur temps.

Le matin, je prenais la carte et je cherchais ma route. Une fois, j’ai cherché une petite route pendant deux jours. Mais je n’avais que cela à faire, ça ne posait pas de problème.

Sa patience est aussi mise à rude épreuve comme cette fois où il a du attendre une pièce de rechange 12 jours en Russie, voyage suspendu pour une suspension arrière cassée en deux.

Et que fait-on pendant 12 jours au milieu de nulle part ? On pense, on observe, on lit. Simon est parti avec 120 livres, tous offerts par des proches. Et on fait des photos. Durant son périple, il a utilisé 90 films avec son Leica, certains développés à bord du fourgon, d’autres à l’hôtel ou chez ses hôtes d’un temps. Il n’est pas photographe, mais le résultat est la hauteur de son périple (voir galerie ci-dessous), rempli d’athmosphères.

ST20140922-24a-RedSun130

Côté adrénaline, il a également été servi comme lorsqu’il a conduit deux jours au bord
d’un précipice en Turquie. Un soir il s’arrête. Et la tempête de neige arrive. Les centimètres s’accumulent vite.

Je n’avais pas de pneu neige alors j’ai décampé vite fait. J’ai roulé des heures pour trouver un village.

Mais toujours au bord du précipice, toujours près de la chute, et la peur comme compagnon de doute. Il finira par trouver le village dans la nuit turque.

L’amitié au milieu de nulle part

Le voyage de Simon ne peut néanmoins pas se résumer à cette quête du rien. Car vous savez-quoi ? Même au milieu de nulle part, il y a toujours quelqu’un pour
vous tendre la main.

Lorsque l’on voyage seul, il y a une empathie qui se crée, une forme d’attention bienveillante.

Et celle-là existe partout. De son voyage, il a ramené des amitiés éternelles.

En Turquie, il a passé trois semaines dans une famille. On l’a présenté à l’Imam du village. Pour pouvoir aller prier avec les villageois à la mosquée, pour comprendre ce monde si différent, il a été lavé dans une salle de bains et à réciter les prières. Tout le village l’attendait à la sortie de la maison. En Bosnie Herzégovine, il s’arrête dans un village pour manger un morceau et reste vivre deux mois chez le patron de l’établissement. Simon fera d’ailleurs 2500 kilomètres en trois jours pour revenir passer le réveillon avec lui… Des histoires comme celles-ci, il en a eu des dizaines. Et puis il y a eu Vladivostock.

Témoin d’un marié russe

Un soir, une courroie lâche sur les routes chaotiques de la Sainte Russie. Il parvient tant bien que mal à rallier un garage à Vladivostock. Il est accueilli par Iégor, un colosse slave fan de… IAM, le groupe de rap français. Iégor et ses potes n’en reviennent pas. Un Français qui traverse toute la Russie par la route ! Eux ne le feraient jamais, vu l’état des infrastructures. L’exploit n’est pas mince. Iégor invite alors Simon chez lui. Il y passera deux mois et va mieux appréhender ces Russes dont on ne sait finalement pas grand-chose. Il découvre ce pays paradoxal, “fort et fier” où la vie est presqu’aussi chère qu’en France, mais où les salaires ne suivent pas. Sous ses yeux, même les mythes titubent. Il nous l’affirme, « les Russes boivent moins que les Français ».

L’histoire devient extraordinaire quelques mois plus tard. Alors qu’il est allé jusqu’en Corée du Sud pour pouvoir renouveler son visa, il reçoit un message de Iégor : il est invité à son mariage. Et sera son témoin.

Cet épisode sera le plus fort vécu par Simon. Peut-être trop. Le curseur émotionnel est monté tellement haut qu’après Vladivostock, il ressent le besoin de rentrer.

“J’avais suffisamment de belles histoires avec moi”.

Il ne lui restait plus alors qu’à parcourir les 18 000 kilomètres de routes qui le séparaient de la Bretagne.

Julien Perez

 

Bientôt une exposition ?

Simon prépare une exposition, et peut-être un livre sait-on jamais, sur son incroyable parcours. Le titre, « almost home » peut se traduire par « presque chez soi » ou « bientôt chez soi ». C’est cette jolie dualité qu’il a voulu mettre en avant dans ses clichés. Nous vous en présentons quelques uns ici, rappelant sa quête d’errance et d’inconnu(s).

ST20140818-26a-Ioulia040ST20140810-18b-SergioST20140810-5-CousinST20140512-5a-Coque011ST20140406-17a-MaisonNuages

Le voyage de Simon en chiffres

– 25 c : température minimale au réveil un matin en Turquie. A l’intérieur, – 18 c.
0 pot-de-vin.
1 moteur qui a tenu toute la route.
1 crevaison.
3 pannes sèches.
6 mois avec des températures négatives.
9 mois à vivre seul sur un total de 16.
27 pays traversés.
45 jours, sa plus longue période sans aucune discussion.
90 films utilisés pour ces photos.
120 livres embarqués, la moitié lue.
Entre 800 et 1000 heures de conduite.
5000 litres de gasoil.
60 000 kilomètres parcourus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *