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Un chochoye sur mon bateau !

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Article posté le 21 juillet 2014

Vous y croyez, vous, à cette histoire de lapins qui mangeaient les cordages des cargaisons ou qui se mettaient même parfois à boulotter le coque en bois du navire ? A ce jour, c’est la version la plus souvent avancée pour expliquer cette superstition qui règne sur les bateaux, et singulièrement en Bretagne, où prononcer le mot lapin est pire que de passer sous une échelle un vendredi 13 avec un chat noir qui vous file entre les pattes.

Qu’il y ait des superstitions à bord des bateaux, quoi de plus normal ? Déjà, à terre, elle sont nombreuses à avoir traversé les siècles. Alors en mer, vous imaginez ? Sur une frêle embarcation au milieu de la tempête déchaînée, il vaut mieux prendre ses précautions et tenir à distance tout ce qui peut porter un mauvais sort. Comme ces lapins, venus de très loin dans l’imaginaire marin, et qui sont totalement interdits dans le vocabulaire de bord. Ca porte la poisse, la scoumoune, le manque de pot et tous les avatars qui vont avec. Alors les marins ont trouvé la parade en utilisant d’autres termes comme :

    • Pollop
    • Bête aux grandes oreilles
    • Cousin du lièvre
    • Chochoye » (ou cheucheuille) particulièrement usité du côté de Douarnenez

Mais le plus simple, c’est de ne jamais aborder le sujet où il peut être question d’un chochoye au détour d’une phrase.

Mais pourquoi le lapin ?

Seulement voilà : s’il est sûrement arrivé un jour que des lapins se mettent à attaquer des cordages, que dire alors des rats ? Il y en avait sur tous les bateaux et ils ont sûrement fait bien plus de dégâts que les pauvres lapins, ces rats dont on sait à quel point ils attaquent tout ce qui traîne. A Brest, il y a quelques années, les communications téléphonique sur les postes fixes étaient régulièrement perturbés.

Et qui boulottait les fils souterrains du téléphone ? Les chochoyes ? Non, ce sont les rats qui brouillaient l’écoute, comme n’avait pas manqué de l’indiquer la presse brestoise dans un bel ensemble contrepétrique. C’est donc le mot « rat » qui logiquement devrait être rayé du bord. Peut-être alors faut-il aussi chercher du côté de la symbolique ambivalente du lapin dans certaines traditions médiévales. Aujourd’hui, la patte de lapin est considérée comme un porte-bonheur au même titre que le trèfle à quatre feuilles, le fer à cheval ou le pompon de marin qui a pratiquement disparu du paysage. Mais au Moyen-äge, le lapin a souvent été associé à la sorcellerie et cet apparentement n’est peut-être pas étranger à cette superstition venue jusqu’à nous. Mais, à ce jour, l’hypothèse qui tient la corde, c’est bien cette vieille légende du lapin qui bouffait les cordages et les coques.

En tout cas, n’oubliez jamais…

…que le mot est formellement proscrit sur les bateaux, au risque de vous faire balancer par dessus bord. Ne dites pas que l’on ne vous aura pas prévenu !

Julien Perez

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