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Sébastien Le Balp : le notaire rebelle

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Article posté le 2 juillet 2014

L’écotaxe est passée à la trappe ! Cette taxe routière sur les poids lourds est venue se fracasser en Bretagne comme une vague sur un rocher. Dans cette région dejà affaiblie par sa géographie et les distances qu’elle impose, l’écotaxe avait tout d’un impôt sur le handicap. Plus vous êtes éloigné, plus vous payez. Cette incongruité, survenant en plein ras-le-bol fiscal, a suscité un mouvement de révolte en Bretagne rapidement connu de toute la France : les Bonnets rouges.

Un nom claquant comme un étendard, en  référence appuyée à une autre révolte du même nom, dirigée contre le fisc royal et survenue trois siècles plus tôt sous l’impulsion de quelques meneurs du Centre-Bretagne, au premier rang desquels figurait Sébastien Le Balp.  Il fut le très éphémère chef de guerre des Bonnets rouges, révolte paysanne  qui ne dura guère plus de trois mois, à l’été 1675. Elle s’éteignit avec l’assassinat de Le Balp près de Carhaix, non loin de l’endroit où il vit le jour, avant que le symbole du bonnet rouge ne fasse un spectaculaire retour sur la scène bretonne à l’automne 2013.

Sebastian Ar Balp (Bourg de Spézet)

Le notaire en prison !

C’est à Kergloff, à cinq lieues de Carhaix, que le futur chef des bonnets rouges voit le jour en 1639. Il aurait pu devenir à son tour meunier, comme son père, mais les fées qui se penchent sur son berceau lui donnent une intelligence très au-dessus de la moyenne de la classe rurale d’alors. L’adolescent se fait remarquer par sa vivacité d’esprit au point que le marquis de Tymeur, de la paroisse voisine de Poullaouën, paie ses études en l’envoyant faire du droit à Nantes. Après son cursus, le jeune homme revient dans sa région natale et par la vertu d’un mariage avec Anne Riou, jeune femme d’une famille relativement aisée, il bénéficie d’une dot qui lui permet d’acheter une charge royale de notaire à Carhaix. Pour un fils de modeste meunier, le parcours est flatteur.

Il le devient un peu moins alors qu’il se trouve au service de Madame de Ploeuc, marquise de Tymeur, famille à laquelle il est redevable pour avoir bénéficié de son soutien financier quelques années plus tôt. Sébastien Le Balp prend quelques distances avec la morale en faussant quelques actes notariés au détriment des paysans et au bénéfice de la marquise à l’honnêteté douteuse. Mais c’est bien le notaire qui se retrouve en prison en 1673 passant plus d’un an à nourrir sa rancoeur contre le pouvoir de la justice royale sur la paille humide du cachot.

Ecrasés par les impôts

A sa sortie de geôle au début de l’année 1675, les troubles sont déjà manifestes dans les campagnes. Les impôts royaux se multiplient pour financer la guerre de Louis XIV contre la Hollande et ses somptuaires autres dépenses. Avec notamment l’apparition de la nouvelle taxe sur le papier timbré servant à tous les actes notariés, fort nombreux à cette époque-là. Mais si les campagnes s’agitent c’est aussi à cause des charges imposées par la féodalité locale oscillant qui plus est entre morgue et brutalité à l’égard de la classe paysanne.

Dans les paroisses, on commence à rédiger les codes paysans, ancêtres des cahiers de doléances de 1789, et la rédaction soignée de ces documents porte la marque d’experts en écriture. Le notaire Sébastien Le Balp y a sans doute très largement participé et quand la colère gronde au point de déborder dans les campagnes, c’est lui que les paysans viennent chercher pour prendre leur tête. De juillet à octobre 1675, la révolte des Bonnets rouges va provoquer des actions très violentes un peu partout en Bretagne où des milliers d’hommes se soulèvent au son du tocsin appelant à la rebellion. Même dans les villes, le mouvement crée des remous : Saint-Malo, Rennes, Nantes…

Autour de Carhaix, plusieurs châteaux et manoirs sont pillés et incendiés et la révolte prend une telle ampleur que Sébastien Le Balp ne se sent plus en mesure d’assurer le commandement de milliers d’hommes portant des bonnets rouges, voire bleus dans le pays bigouden, alors que les troupes royales du duc de Chaulnes sont en route pour la Bretagne.

Tué par surprise

Début septembre, il se rend une nouvelle fois au manoir de Tymeur qui a déjà tant marqué son existence. 2.000 hommes accompagnent leur chef qui veut convaincre le marquis Charles de Montgaillard, ancien colonel des armées royales, de prendre la tête du soulèvement. Mais c’est le frère du marquis, Claude de Montgaillard qui aura le dernier mot : dans la nuit du 2 au 3 septembre, il tue Sébastien Le Balp par surprise, en le passant au fil de son épée.

La perte de leur chef va assommer les Bonnets rouges. Privés de leur meneur, ils ne savent plus quelle stratégie adopter et renoncent au soulèvement général alors que les troupes du duc de Chaulnes s’avancent vers le coeur de la Bretagne. Elles ne rencontreront pratiquement aucune résistance et la répression sera féroce. Le corps de Sébastien Le Balp est exhumé pour être jugé en place publique avant d’être décapité et exposé sur une roue. Partout des arbres portent des chapelets de pendus et dans le pays bigouden plusieurs clochers seront rasés pour toucher les révoltés au plus profond de leur orgueil : leur clocher.

En trois mois à peine, la révolte des Bonnets rouges se sera éteinte mais le souvenir en restera très durablement marqué dans la mémoire bretonne. Au point de faire un spectaculaire retour en 2013 du côté de Carhaix. Là où tout avait commencé….

Un avis sur “Sébastien Le Balp : le notaire rebelle”

  1. Denis Henri Pouffier Cornic

    Pas d’octroi en Bretagne de nos jours, 2017, grâce aux actions « Bonned Ruz » 2013 /14 sur les 5 départements bretons. Tout comme nos ancêtres « Bonned Ruz ha Glas » de 1675 des Bretons se soulèvent, avec le leadership de Sébastien Ar Balp contre Taxes Royales Françaises sous Louis XIV et éditent des cahiers de doléances (idem en 2014) plus de cent années avant 1789, révolution Française.

    De nos jours à nouveau une nouvelle colère monte contre les forages miniers du Centre Bretagne avec grandes possibilité de pollutions. A nouveau il faudra se lever contre, et à nouveau ce sont les gouvernants Français qui ont donné leur accord !

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